Hier a été publié un article de André Dubuc sur LaPresse.ca concernant l'avenir de l'aérogare de Mirabel.

D'abord, un petit résumé historique pour mettre en contexte les événements. Les années 60 ont été pour Montréal une décennie d'ouverture sur le monde avec l'Expo 67, ce qui apporta à la ville beaucoup plus de visiteurs qu'anciennement et l'aéroport de Dorval (situé à Montréal) ne suffisait plus à la demande. Rapidement, les différents paliers de gouvernement entamèrent des discussions pour la construction d'un second aéroport de calibre international au Québec. Ainsi, les deux premiers ministres de l'époque, Pierre-Elliott Trudeau et Robert Bourassa ont dressé une liste d'emplacement potentiels : St-Jean-sur-Richelieu (au sud de Montréal), Vaudreuil-Dorion (à l'ouest), Joliette (à l'est), St-Amable (au sud-est) et finalement St-Scholastique (au nord). Pour diverses raisons, probablement politiques, géographique et sociales, St-Scholastique, maintenant un quartier de Mirabel, fut choisi comme l'emplacement de choix pour la nouvelle aéroport. En 1975 fut l'ouverture officiel de ce que l'on appelait à l'époque le remplaçant de l'aéroport de Dorval et dont on vantait les capacités annuelles de 20 millions de passagers.

Or, il n'y a jamais eu plus de 3 millions de passagers à Mirabel. Et Dorval commençait à prendre la dérive, voyant le trafic aérien redirigé non pas vers Mirabel, mais vers Toronto. L'emplacement de Mirabel était peu compétitif vis-à-vis Dorval, de par le temps nécessaire jusqu'au centre-ville de Montréal (environ 50 minutes de voiture) et les coûts reliés à ces transports. Ainsi, entre 2002 et 2005, Aéroports de Montréal, la compagnie gestionnaire des deux aéroports, finança sans l'aide d'aucun gouvernement des rénovations à Dorval pour y accueillir plus de passagers (le même objectif que Mirabel initialement). C'est alors qu'en 2004, après 39 ans de service, on annonça qu'il n'y aurait plus de vols passagers à Mirabel.

Ça, c'est les faits (ou du moins un résumé, je ne parle pas de l'histoire complète des expropriations injustifiés ou encore des prévisions d'infrastructures routières non-respectés).

Actuellement, l'aéroport continue d'être utilisée pour le cargo, sans y être confié totalement (il y en a également à Dorval). L'espace est grandement sous-utilisée et plusieurs projets accomplis ou non voulant apporter un nouveau souffle à ce gigantesque projet né prématurément se sont bousculés depuis le début des années 2000. D'abord, il y a le ICAR qui utilise une partie des pistes comme circuit de course automobile, Hélibellule, ce service de navette rapides privés par hélicoptères ou avions de petit volume, ou encore AirMedic, un organisme sans but lucratif offrant un service d'ambulance aérienne. Et d'autres projets plus audacieux pour convertir les bâtiments inutilisés depuis leur abandon partiel en parc thématique ou encore en musée aquatique. Et maintenant, le nouveau projet serait de convertir Mirabel en géant centre commercial "nouveau genre", mélangeant mode, moteur et alimentation.

Septique. D'abord parce que l'aéroport n'est pas positionné de façon à attirer la clientèle. Le trafic sur l'autoroute à proximité (la 50) est relativement élevé, mais ça reste une autoroute à 2 voies. Les gens visés, peu doté d'un revenu généreux, ne transigent pas près de ce complexe. Il faudrait un excellent concept, novateur et différent de tout, pour déplacer les foules. Et encore. Ce genre de projet est intéressant d'un point de vue d'innovation de la commercialisation. Mais d'un point de vue du développement d'une société, c'est pauvre en idées. Ce n'est que du pauvre commerce, encore et toujours, remanié et appauvrissant la province. Pourquoi ne pas investir l'espace et les infrastructures actuels pour y attirer des promoteurs industriels pour protéger l'aéronautique au Québec? Pour faire croître le volume de cargo et devenir un point de concentration majeur de l'est du continent ?

Après tout, Bombardier, L-3 Communications, FedEx, UPS et d'autres y possèdent des installations. Pourquoi pas Lockheed Martin, Purolator, TNT, Airbus, EADS, etc ? Pourquoi pas une gare de passagers vers Montréal ? Après tout, le gouvernement du Québec a choisi d'investir dans l'industrie vidéoludique à Montréal pour y créer de l'emploi. Protégeons les industries également au lieu de laisser tout filer vers les pays étrangers. Si nous ne le faisons pas, d'autres le feront.

Il ne faut pas perdre de vue que cet espace aéroportuaire est la plus grande au au monde (près de 400 kilomètres carrés) au moment de sa construction. Actuellement, c'est toujours le 2e plus espace après le King Fahd International Airport d'Arabie Saoudite.

Aujourd'hui, il ne s'agit que d'un simple espace quasi-perdu du Québec. Triste.

MAJ 2012/12/17 23:10

Je viens d'apprendre l'existence d'un oeuvre littéraire nommé L'Échiquier de Mirabel, écrit par Suzanne Laurin, géologue et résidente de St-Benoit, un secteur de la ville.

Il s'agit d'un livre analysant l'échec de l'aéroport de la ville, mais qui revient également sur l'histoire et le potentiel du territoire.

Mon exemplaire est commandé !

J'en ferai une synthèse après sa lecture.

À lire :

MAJ 2013/01/15 05:52

Bien qu'inachevée, la lecture du livre me passionne. J'ai l'impression de tomber dans un énorme monde de combats politique incontrôlé !

Richard3 parlait et illustrait en septembre 2009 un "aéroport... en quarantaine" et il en parle à nouveau dernièrement pour comparer Mirabel à Nantes en France.

MAJ 2013/02/14 06:24

Au cours d'un vol en avion dernièrement, j'ai finalement eu la chance (et le temps... malgré moi...) de finaliser la lecture du livre sur l'aventure qu'a été Mirabel.

Je l'ai lu jusqu'à la dernière lettre, incluant les annexes, les références, etc. À la fois passionnant et d'une tristesse sans précédent. Le mot expropriation n'aura plus jamais le même sens à mes oreilles tellement tout le livre repose sur un humanisme profond. Vraiment un livre à découvrir, il s'agit d'un incontournable dans l'histoire du Québec.

MAJ 2013/12/27 04:22

Une lecture additionnelle au sujet de Mirabel, mais sous une forme tout autre, celle de la poésie. Pierre Nepveu, grand amateur de Gaston Miron, a publié un livre nommé Lignes aériennes en 2002.