D'abord, vous devez savoir composer avec les abrutis conducteurs qui croient que l'asphalte n'a été conçue que pour des véhicules à moteur.

Lorsque ce principe simpliste est acquis, vous souhaitez rouler un bon samedi matin sur la rive nord de Montréal pour le loisir. L'idée de débuter votre journée par les flamboyants paysages ruraux de la campagne est choisie. Mirabel est un lieu de choix pour ce sport. Parce que les routes sont variés, mais aussi parce que bon nombre de cyclosportifs s'y donne rendez-vous.

Après quelques beuglements et odeurs familières, on passe des rangs peu fréquentés des automobiles à la route 158. Premier choc : l'état de la chaussée est désastreuse. À gauche un trou, à droite des débris quelconque, au centre des restants de gravel. Alors, il faut choisir entre un bon coup sur vos jantes (à éviter le plus possible), la possibilité de faire goûter votre compagnon se situant derrière vous à un peu de caoutchouc ou encore lever votre postérieur pour rouler à travers ce champ de mines qu'est de la roche 3/4.

C'est maîtrisé. Prochaine étape : s'harmoniser avec une largeur de voie d'accotement qui varie comme si l'urbaniste qui avait décidé de son utilité sortait d'une taverne et avait été choisi hasardeusement comme plus apte du groupe à concevoir une route empruntée par probablement des centaines de cyclistes chaque samedi de beau temps. On doit parfois rouler directement sur l'utile ligne blanche qui, normalement, doit délimiter la voie principale des voitures à l'accotement. Autant bien dire que l'accotement n'existe que dans notre esprit. On l'imagine, celle-ci, qui permet de nous sécuriser rien qu'un tout petit peu. Mais ça, la sécurité, si ça n'implique pas des autos, c'est secondaire.

La tête qui ne cesse d'osciller entre l'avant et au-dessus de l'épaule, on file à vitesse constante vers le sud. Au plus concret de la charmante ville de Saint-Eustache, on aperçoit enfin un ébauche de piste cyclable. Mais on passe tout droit. Pourquoi donc suivre une piste qui nous fera zigzaguer à travers les quartiers ? Oui, Saint-Eustache a tant à offrir, mais mon sommeil n'en sera pas pour autant perturbé.

Alors nous voilà rendu à une intersection majeure : Arthur-Sauvé et Grande-Côte. Le cycliste, contrairement à l'automobiliste, lui, doit attendre 2 feux de signalisation pour traverser complètement un artère de ce calibre. Le premier feu pour traverser les voies de Grande-Côte. On attend (oubliez tout maintient de votre rythme cardiaque...). Ensuite, on traverse les voies de circulation d'Arthur-Sauvé et on fait attention à l'automobiliste qui pense que le panneau "céder le passage" ne s'applique pas en cas de stupide cycliste.

Voulant continuer le trajet, on réalise brutalement (et le mot est bien choisi) que la piste cyclable est de l'autre côté. À sens inverse de la circulation. En roulant du "mauvais" côté, on se fait crier des bêtises par deux nobles et bien éduqués citoyens eustachois. Mais pourquoi ne pas rouler sur la piste cyclable alors qu'elle a été expressément construite pour notre usage ?

Pour trois raisons distinctes :

  • Elle est en sens inverse. Ainsi, les voitures qui souhaitent entrer sur l'artère ne regarde pas à leur droite et le niveau de sécurité en est dramatiquement diminué.
  • Des voitures s'y trouvent stationnées, des personnes du troisième âge y font leur sortie quotidienne, une jeune mère y promène son enfant, etc.
  • Il s'agit d'un trottoir converti en piste cyclable à la "va-vite". Une piste cyclable ne se conçoit pas sur des dalles de ciments avec des joints d'un pouce de largeur. Elle doit être dédiée (uniquement pour le vélo), divisée (avoir une bordure ou un espace gazonné par rapport aux voies automobiles) et d'une largeur raisonnable.

On continue notre chemin et on change de ville. Boisbriand. Génial, la piste cyclable change de côté pour être finalement de notre direction. Or, on constate que c'est une piste à double sens (il n'y a donc pas de piste de l'autre côté de la route) et la largeur est, disons, à discuter. Une voie large comme un guidon de vélo ne pourra certainement pas faire passer deux vélos circulant à sens inverse à la fois. Et on ne parle pas d'un vieux pont de bois menant à un village lointain. Dans ce cas-ci, on parle d'un viaduc surplombant l'autoroute 13.

Ce contexte est bien réel. C'est mon expérience personnelle d'il y a quelques jours à peine. Et on souhaite favoriser les déplacements à vélo pour le loisir et les transport ? Commençons par harmoniser les voies cyclables entre les villes et augmentons le facteur sécurité sur celles-ci. Avec un peu d'organisation, peut-être pourrions-nous y rouler 12 mois par année.

J'en fait mention souvent : Nous ne sommes qu'au début de l'évolution de notre genre. Et quel genre!