Voici un papier écrit lors d'un cours de politiques environnementales au sujet du documentaire HOME.

Les changements climatiques en tant que grande question

Dans un monde en constant changement, en constante remise en question, bien des œuvres cinématographiques tentent de conscientiser les populations des sociétés modernes de changer leurs habitudes de vie et leur façon de penser. De tous ces documentaires ciblant des sujets précis, peu s’impose comme une référence de la globalité de la situation actuelle, des changements climatiques, mais aussi de la position de l’Homme vis-à-vis de son environnement, et ce, d’une façon relativement neutre. Réalisé par Yann Arthus-Bertrand, Home est un film documentaire publié en 2009 qui a le mérite d’être accessible au plus grand nombre de citoyens, il est diffusé gratuitement dans six langages et son auteur en encourage le partage.

Ainsi, le documentaire ne cible pas un problème précis tel que peut l’être la dépendance au pétrole, les aliments génétiquement modifiés ou encore la gestion déficiente de l’eau. Home se veut un regard de l’impact de l’activité humaine sur la planète, traçant des liens directs avec les développements industriels des deux derniers siècles. Le travail à accomplir afin d’éviter le pire me semble si vaste que de présenter la situation dans sa globalité permet de mieux cerner où nous en sommes et ce qu’il reste à faire pour que les générations futures puissent s’épanouir pleinement, en respect de celles qui les suivront à leur tour.

Un documentaire axé sur la conscientisation de chacun

Les changements climatiques sont largement discutés partout dans le monde, par les multiples accords internationaux, mais peu de mesures ont une amplitude permettant de réellement renverser la vapeur et rendre soutenable l’activité humaine sans-cesse grandissante.

Yann Arthus-Bertrand, également photographe, a le sens de l’image. Home le prouve bien en utilisant presque d’exclusivement des images vues du ciel. Cela permet de bien saisir la grandeur des problématiques environnementales. Partant du principe que l’Homme est passé du nomadisme au sédentarisme, ce phénomène lui a permis de développer de nouvelles idées, tel que l’agriculture, qui a mené à l’industrialisation. Ce n’est que depuis les cent dernières années que l’utilisation des ressources naturelles (renouvelables ou non) s’est exponentiellement accélérée, par la consommation accrue de chacun, mais aussi par l’augmentation de la population. Les premières minutes du documentaire nous font voir des endroits reculés de la planète, des endroits qui ne vivent visiblement pas avec un niveau de confort que nous connaissons en Amérique du Nord. Il y a ces images de paysans au milieu de nulle part qui entretiennent un troupeau de veaux, sans dépendre des autres, sans tout ce qui nous paraît le strict minimum à nous qui sommes habitué à tant par la surconsommation. Cela communique quelque chose de très clair à mes yeux : nous n’avons pas toujours été confiné à un mode de vie de consommation. Il y a eu un avant consommation excessive et il n’y a pas de raison de continuer dans ce qui semble être l’usage abusif de notre planète. Home affiche donc quelques exemples de ce que nous sommes capables comme surexploitation.

Liens avec le cours Politiques environnementales

Au sein du cours, il est grandement question des politiques publiques afin de palier aux problématiques environnementales, que ce soit des secteurs du transport, de l’eau ou bien d’autres. Home semble toucher à tout sans réellement en parler, les images suffisent pour nous faire réaliser comment il est nécessaire de décider et appliquer rigoureusement des politiques publiques afin de contrer les côtés problématiques du libre-marché et de l’individualisme.

Il est question notamment de la question de la population de manière indirecte. Le documentaire mentionne que depuis 1950, la population aurait triplée. Nous étions 2.5 milliards d’êtres humains sur terre à ce moment ; en 2009, année de lancement du film, ce chiffre s’élevait à 6.8 milliards. Aujourd’hui, cinq ans plus tard, la population atteint désormais 7.25 milliards d’individus. L’augmentation est conséquente avec nos modes développements et explique simplement que la Terre ne peut supporter toute cette augmentation conjointement à un rythme élevé de consommation. Il faut dire que les prévisions jusqu’en 2100 dénombre près de 11 milliards d’individus. D’ici là, bien des mesures environnementales et bien des changements socioéconomiques devront avoir lieu pour rendre soutenable la présence de l’Homme sur la planète. Il n’y a qu’à penser aux 10 prochaines années où la seule augmentation de la classe moyenne en Chine fera une pression énorme sur les demandes en ressources pétrolières, alimentaires et autres. On dénombrait 1 véhicule pour 6 personnes en 2013 en Chine, pour un total d’environ 240 millions de véhicules. Si la Chine obtient un niveau de richesse de sa classe moyenne similaire à celle des Etats-Unis, cela représenterait l’ajout de 700 millions de véhicules, soit 1 véhicule pour 1.3 personnes. Comment les régions pétrolifères pourront-elles subvenir à une telle demande croissante alors que les réserves connues et exploitables ne sont estimées qu’à 50 ans (au niveau de consommation actuel) ? Les régions en forte croissance telles que la Chine et l’Inde découvriront tôt ou tard que les ressources fossiles manqueront pour obtenir un niveau de vie comparable à celui des pays développés. Cela mènera probablement vers des conflits géopolitiques et sociaux.

D’une manière plus globale, dans le module 9 du cours, il est notamment question de Robert Poujade, premier titulaire du Ministère de l’Environnement de France. Certaines citations relevées me semblent correspondre à ce que Home tente de dire indirectement. « La grande difficulté d'une politique de l'environnement n'est pas son coût, c'est la rupture qu'elle implique avec des habitudes de penser, d'administration, et je le sais au bout du compte, de production. » Bien qu’il est vrai qu’il n’est jamais question dans le documentaire de politique, ni des États et leurs (in)actions, cette déclaration de Poujade affiche en mots ce que Home a fait en images, soit notre culture mondiale pour le progrès au dépend de l’environnement.

Il dira aussi qu’« [il a] trop souvent ressenti avec amertume la force des intérêts privés et la faiblesse de l'État. [Il a] trop souvent le sentiment de lutter presque seul [...] » Le contexte socio-économique que nous connaissons favorise d’abord la croissance et le développement, plutôt que la responsabilisation environnementale. L’État bénéficie toujours des avancements des entreprises privées, par la collecte de taxes et impôts qui permettent de développer son secteur public. Il me paraît donc difficile pour un État de se couper volontairement de sources de revenus. Pour le faire, il faut des pressions sociales. L’État apporte donc des amendements à ses politiques afin de respecter ces demandes et conserver une image neutre.

Ce que le documentaire propose et ne propose pas

Le documentaire termine sur un ultimatum : 10 ans pour agir et changer le cours de l’histoire. Or, sorti en 2009, cinq années se sont déjà déroulées et peu de changements d’importances ont eu lieu. Les sociétés modernes ne peuvent pas modifier leur mentalité en si peu de temps et abandonner tant de confort que leur propose un monde axé sur la consommation et l’amélioration sans cesse de sa propre condition. À défaut de proposer de réelles solutions, l’œuvre de Yann Arthus-Bertrand lance quelques citations qui peuvent conscientiser chacun de nous. « La déforestation détruit l'essentiel pour produire le superflu. » Bien que réel, cette citation n’a pas besoin de statistiques pour appuyer ses dires, les images sont sans équivoque, notamment celles des forêts tropicales qui sont détruites afin de faire la production industrielle d’huile de palme, un important ingrédient à bien des aliments consommés autour du monde.

« Notre mode de développement n'a pas honoré ses promesses. En 50 ans, les écarts de richesse se sont creusés comme jamais. La moitié de la richesse mondiale est détenu par 2 % des plus riches. » Il y a référence ici à la répartition de la richesse qui empêche l’amélioration de notre bilan environnemental, et cela peut être un point de départ pour la réflexion individuelle, sur ce que nous voulons réellement comme société. Les modèles sociaux que nous détenons de la réussite sont souvent basés sur la richesse monétaire, entrainant de façon naturelle la surconsommation. L’exemple des célébrités d’Hollywood qui possède multiples résidences, voitures et autres biens de consommations affiche non seulement la surconsommation des ressources, mais aussi l’exemple à suivre pour les moins riches, ceux-là même qui tenteront d’augmenter leur niveau de vie afin de ressembler à ces modèles.

Une solution aux changements climatiques

Il est plutôt difficile de proposer qu’une seule politique environnementale pour corriger tout ce que les 90 minutes affichent. Il faut d’abord s’interroger de la source initiale de notre actuelle situation et peut-être pourrions-nous apporter des idées. Mes réflexions personnelles en sont venues à un consensus. Ce que nous vivons découle d'un problème psychologique de l'Homme : dominer.

Sans cesse, nous avons voulu s’améliorer au détriment de la nature, que nous considérons sans droit, sans limite et sans raison. Il serait malhonnête de ne pas voir les avantages que les technologies apportent, soit confort et instantanéité, mais il faut aussi que nos activités soient viables, tout comme une entreprise privée doit prévoir à long terme afin d’être rentable et que ses activités puissent perdurer. L’informatisation, bien que plutôt néfaste pour l’environnement, permet d'apporter de l'information rapidement à des milliers de personnes, mais la conscientisation n'est pas aussi instantanée que l’on voudrait le croire. Cela mène à l'inaction des populations, gouvernements et entreprises depuis 40 ans, soit depuis le rapport Meadows. Cela fait bien trop longtemps que multiples rapports nous alertent sur les dangers de la consommation effrénée de nos ressources, parfois non-renouvelables, mais bien peu d’actions sont entreprises pour assurer la pérennité de l’Homme.

La volonté de chacun de réussir et se dépasser affecte invisiblement notre environnement. Nos actions sont souvent démesurées, mais à petite échelle et à court terme, l’impact n’est pas considérable. C’est sur le long terme et à l’échelle mondiale que la situation est inconcevable. J’en déduis qu’une chose : dans notre système actuel, personne ne peut s’enrichir sans appauvrir autrui.

Enfin, le documentaire propose multiples cas précis liés à l’environnement qui peuvent faire l’objet de recherches additionnelles afin de nous ouvrir les yeux sur ce qui se produit ailleurs : Dubaï, le désert d’Almeria, les eaux fossiles, le Jourdain, Bornéo, l’Île de Pâques, le concept de réfugié climatique, le Traité de l’Antartique, etc. C’est bien la force de Home, faire passer un message sans être qu’un vulgaire divertissement.

Références

Youtube. HOME (FR), [En ligne]. http://www.youtube.com/watch?v=NNGDj9IeAuI(Page consultée le 15 novembre 2014) YUNSHI WANG, JACOB TETER, AND DANIEL SPERLING. Will China’s Vehicle Population Grow Even Faster than Forecasted?, [En ligne]. http://www.uctc.net/access/41/access41-chinafleet.pdf (Page consultée le 15 novembre 2014) Worldometer. Real time world statistics, [En ligne]. http://www.worldometers.info/world-population/ (Page consultée le 15 novembre 2014) Wikipédia. Encyclopédie. Réserve pétrolière, [En ligne]. http://fr.wikipedia.org/wiki/Réserve_pétrolière (Page consultée le 15 novembre 2014) Sauvons la forêt. Huile de palme, [En ligne]. https://www.sauvonslaforet.org/themes/huile-de-palme/questions-et-reponses (Page consultée le 15 novembre 2014)