Dans les sociétés modernes, axées sur l'industrialisation, il y a ce qu'on appelle tendrement le consumérisme, c'est en référence à l'hyper consommation individuelle d'une foule de biens et services, dilapidant du même coup les ressources naturelles et impliquant un stress sur l'environnement mondial.

Mais, quelle est la source de cette frénésie à la consommation ?

Sans me référer à des ouvrages, je tente d'y apporter ma réflexion. De mon point de vue, moi qui est né dans une telle société, je suis constamment sollicité par la publicité, par la pression sociale et par l'état d'esprit qui m'a été indirectement inculqué selon laquelle nos besoins, si changeants soient-ils, ne sont jamais pleinement satisfaits.

Les deux Grandes guerres ont-elles joué un rôle de levier à cette société de consommation ?

C'est ce que j'ai toujours pensé. Parce que les gouvernements ont su développer une économie de guerre, permettant l'industrialisation parfaite de la société, qui a poussé une forme de taxation totalement nouvelle, la taxation sur la vente de biens et services. Cela a été instauré pour financer des développements d'infrastructures, mais au fil du temps, les citoyens de premières lignes ont su obtenir des développements d'aides et de programmes sociaux. Ainsi, nous étions entrés dans le cercle vicieux de la taxation et de la consommation. Car, il faut le dire, plus de taxe veut dire plus de programmes sociaux, mais ces taxes sont collectées seulement si chacun de nous consomme. C'est donc dire que la consommation effrénée a servi à l'accroissement des services publics.

Mais il y a un point à ne pas franchir, en demandant la croissance infinie. Une vision anthropocentriste expliquera que la consommation est bonne pour chacun de nous, parce que le niveau de vie et de bonheur s'en voit amélioré. De l'autre côté, une vision écocentriste, qui place l'environnement en avant plan, déplore le rythme auquel nous sommes en train d'utiliser ce qui est mis à notre disposition pour des fins strictement lucratives avant tout.

Après lectures, si c'est bien la plus récente révolution industrielle, avant même la Première Guerre mondiale, qui a lancé un modèle de développement basé sur le productivisme et le consumérisme, comment en sommes-nous venus à vivre dans un monde qui semble incontrôlable (du point de vue individuel), mais contrôlé (du point de vue des entreprises) ?

Contrôlé : c'est le mot que je retiens. Oui, c'est la logique concurrentielle du profit capitaliste qui est responsable de ce modèle insoutenable environnementalement.

D'ailleurs, après multiples lectures, Lynn White Jr avait déjà, vers la fin des années 1960, formulé la thèse devenue célèbre qui explique que c’est fondamentalement la tradition judéo-chrétienne, avec ses idées faisant de l’être humain l’unique être créé à l’image de Dieu, qui soit ainsi à ce titre invité à régner sur la création divine et qui soit enfin destiné à un monde meilleur au sein d’un paradis situé hors du monde terrestre.

Régner, contrôler, c'est essentiellement ça la source de notre consommation sans fin.

Faute de sens, notre existence collective contrôlera le reste.