« Face au constat environnemental actuel et à la difficulté du système économique à considérer l’environnement, la dématérialisation de l’économie s’impose comme une alternative. C’est en découplant la création de richesse avec l’utilisation de matière qu’il est possible pour l’entreprise de concilier augmentation du profit et diminution de la pollution. » (Berger, 2006)

Trop souvent, je lis des articles sur la dématérialisation de l'économie comme si c'était une solution évidente. Or, j'en doute fortement.

Tout comme certains ouvrages (tels que Vert paradoxe de David Owen) l'ont illustré, le fait de réduire l'utilisation de ressources par unité de production ne signifie pas automatiquement une réduction de l'utilisation des ressources dans la globalité. Une voiture à faible consommation d'essence permet à son propriétaire de parcourir un kilomètre en utilisant une portion réduire de carburant, mais l'autre partie de l'équation ne doit pas être oubliée: le nombre de kilomètre parcourus sera peut-être plus grand pour ce même propriétaire. Et si ce genre de véhicule se démocratise, alors l'utilisation de la ressource, le pétrole, n'aura pas diminué dans la totalité, mais uniquement par kilomètre. Oui chacun de ces kilomètres est efficacement parcourus, mais il faut toujours revenir à la globalité de la situation.

Une économie dématérialisée permetterait ultimement de réduire la pollution des emballages, des déchets post-consommation, du transport requis et bien plus, mais, encore une fois, cela ne représente qu'une partie de l'équation. Dans une économie plus efficace, le nombre de consommateurs tendra sans aucun doute à augmenter. Ainsi, l'utilisation de ressources tendra également à croître. Chaque unité de consommation sera plus efficace, mais la globalité de la situation fera une pression sur les ressources limitées disponibles sur la planète. Que l'on soit 50 milliards ou seulement 20 habitants, les ressources non-renouvelables sur lesquelles nous nous appuyons ne changent pas.

Ainsi, pour moi, la dématérialisation ne forcera qu'une utilisation différente des ressources et ne règle en rien le fait que nous consommerons celles-ci jusqu'à épuisement.

Et la décroissance?

La décroissance est un terme qui revient souvent et qui réfère plutôt à la réduction de ce que l'on consomme (en opposition à la dématérialisation qui réfère plutôt à un changement de la façon de consommer, sans implicitement y inclure la réduction). Ainsi, décroître est plutôt mal perçu et interprété par une majorité, c'est, pour certains, positionner la santé de la planète avant l'être humain. Troquer sa voiture contre un vélo, réduire sa consommation de viandes, revenir à un mode de vie plus terre-à-terre, faire des choix à long terme, ce n'est sans doute pas accepté de tous, mais parfois le simple fait de ne plus dépendre du pétrole pour se déplacer fait référence à la décroissance.

Ultimement, la décroissance inclut également une limite de la croissance de la démographie ou une réduction pure de la population globale. Théoriquement, si 7 milliards d'individus consomment pour x unités de ressources, y appliquer une décroissance de la consommation de chacun de ces individus ainsi qu'une décroissance du nombre y d'individus, alors la somme sera vraisemblablement inférieure.

Or, nous sommes bien loin d'une résolution du problème.

Berger, A. (2006). L’économie de fonctionnalité, un modèle pour le développement durable. In Association e-Développement Internet au service du développement durable. AEDEV, [En ligne]. http://www.aedev.org/spip.php?article1318 (Page consultée le 1er Août 2017).